dimanche 22 mars 2020

J6 - Premier dimanche

Garder voire approfondir la proximité amoureuse à distance, c'est un des défis de cette expérience.

Dimanche dernier, nous passions une journée merveilleuse ensemble, suite ininterrompue d'instants complices. Aujourd'hui, nous sommes chacun de notre coté à quelques kilomètres de distance, devenus un océan, pour un temps indéterminé, car nous respectons les consignes, quoi qu'il nous en coûte.

Je préfère ne pas faire de pronostic sur la date de retour à la normale, pour ne pas compter, et ne pas être déçue si cela durait plus que la data prévue.

Je me suis réveillée ce dimanche la joie au cœur, portée par  notre belle complicité si limpide, si sereine, si saine.
Il m'a appelé cet après-midi, nous avons eu une vraie conversation, c'était tendre, intéressant. Sa qualité d'attention est exceptionnelle. Cela change tout...
Je mentirais si je disais qu'il n'y a pas de manque, bien sûr. Nous cultivons le plaisir de l'attente douce.

samedi 21 mars 2020

J5 - Réinstallation

Je me réinstalle dans cette nouvelle vie, petit à petit.
Le temps est différent, il s'étend, s'étire, d'un jour sur l'autre.
Le jour, la date n'importe plus. Mais la consistance de l'instant.

Dans l'immobilité et  le confinement, l'être social s'efface un peu, au profit de la personne.
Qui est vraiment important pour moi, comment puis-je être assez proche de ceux que j'aime y compris à distance.

Le faire "dans le monde" s'efface au profit du "faire le juste nécessaire juste là". De quoi manger, dormir dans un endroit propre, assurer le minimum vital ou plaisant, bouger suffisamment.

Métamorphose en cours. A suivre...

vendredi 20 mars 2020

J4 : Etre passive ne m'est pas confortable ...

J+4 : Finalement, ce qui est le plus compliqué dans cette affaire c'est de ne rien pouvoir faire, ou plutôt que la seule action efficace soit de ne rien faire...Extrêmement paradoxal !

D'où cette impression très spéciale. Car je n'ai jamais eu si peu à faire, le temps est merveilleusement ensoleillé, tout est calme à la maison et autour, et en même temps nous sommes confinés pour que le moins de gens possible meurent...

Si spécial que j'en ai presqu'oublié mon attestation ce matin pour aller chercher le pain... Biais cognitif probablement ;on oublie ce qu'on ne veut pas garder en mémoire car c'est trop dérangeant ?

Lettre Ouverte d'un médecin français de Wuhan aux français

jeudi 19 mars 2020

J3 - Solidarités

Une image douce et une image dure.




La douce, ce sont ces cerisiers en fleurs confinés dans le square fermé du quartier.

Solidaires, à leur manière, contraint set forcés comme nos enfants pleins de vie.





L'image dure, c'est celle des bénéficiaires de restos du coeur, ce soir, à quoi nous avons tendu à bout de bras un sac de vivre sans pouvoir prendre le temps de l'écoute et du contact dont ils manquent cruellement, plus encore que de nourriture. 
Une des bénévoles a craqué derrière son masque...
Je suis rentrée bouleversée de cette violence là. je n'ose imaginer l'ambiance dans les EPHAD et le structures d'aide sociale à l'enfance...

mercredi 18 mars 2020

J2 - Qui eût pu le dire il y a 4 ans


Il s'agit d'une fiction, bien sûr... Pas de panique !

Qui eut pu dire il y a 4 ans, quand le covid 19 a débarqué, que tout notre monde en serait bouleversé
Nous avons commencé par faire comme si rien ne changeait, chacun dans ses certitudes et son silo :

  • Les « privilégiés » en télétravail à la maison, livrés par Amazon, frustrés d’être dérangés par les enfants pendant les conf call interminables.
  • Les hôpitaux surpeuplés où les malades s’entassaient et mourraient en grand nombre faute de soignants et de matériel
  • Caissières, livreurs, continuant tant bien que mal à assurer, et tous ces travailleurs de l’ombre ignorés des médias et des gouvernants…
  • Les plus pauvres reclus dans les cités déjà surpeuplés, et leurs jeunes bravant le couvre feu pour continuer, à leur risque et péril, l’économie parallèle
  • Les plus démunis et les migrants crevant à la rue
  • L’armée nettoyant tant bien que mal au gaz lacrymogène et au karcher les remugles de ce qu’on ne voulait pas voir
  • Les dirigeants à la télé en continu …

Cet apparent confort n’a pas duré bien longtemps. Au bout de 6 mois à peine, cela a commencé à craquer de toute part. Au bout d’un an, tout a explosé. L’essentiel manquait, nourriture, santé, électricité, bande passante. Même plus de porno accessible ! La communication lénifiante que tout était bien géré et reviendrait à la normale n’a pas pu nous leurrer bien longtemps. La violence est devenue la norme. Beaucoup sont morts à cette période…C’est là que les dirigeants de l’ancien monde se sont évaporés. Nul ne sait trop comment ni où d’ailleurs. Sont-ils partis de notre vieille terre ?
Alors les communautés qui s’étaient petit à petit constituées à distance au niveau le plus local et le plus global ont pris la main. Les grands-mères, les mères, les tantes, les filles ont dit stop. Elles ont fait grève totale jusqu’à ce qu’on les écoute enfin. Il était bien temps de revenir à l’essentiel : manger, dormir au chaud, vivre en paix, être là les uns pour les autres, chacun donnant son possible pour le bien commun. Amasser, entasser, avait failli nous tuer tous, et la planète avec.
Elles ont posé ensemble les priorités et les principes : inventaire des biens utiles, mise en évidence des besoins de base, identification des compétences matérielles et immatérielles de chacun, mise en place des trocs de toutes sortes avec un minimum du par tous, et la possibilité de faire plus si cela nous faisait envie. Les plus compétents ont hackés les systèmes d’hier au profit du monde à construire.
La transition a été rude pour beaucoup d’entre nous. Il a fallu tout réapprendre. Y compris et peut-être surtout à garder le moral quand c’était dur pour tous. Nous y sommes arrivés avec les vieilles recettes que nous avions oubliées : jardiner, manger, chanter et danser ensemble, à distance raisonnable et en veillant les uns sur les autres. Nous avons appris à utiliser la technologie pour l’utile, plus que le futile.
4 ans après, ce satané virus est enfin dompté. Nous allons pouvoir sortir du confinement. Où en somme nous ? Et bien, à savoir que nous allons devoir apprendre et nous ajuster chaque jour. C’est aujourd’hui à la base de l’éducation à nos enfants. Il nous fallait ça, très certainement…

mardi 17 mars 2020

J1 - Agitation et confusion

Perplexe et agitée, je cherche de quoi me nourrir et m'occuper...

Finalement, c'est préparer un bon repas qui fonctionne le mieux. L'action, la créativité, et ce plaisir partagé in fine. S'accrocher aux petites choses vraies...

lundi 16 mars 2020

J0 - Un nouveau chapitre s'ouvre







Hier, même si la vague se rapprochait, nous avons intensément profité d'une belle journée de tendresse.  Nous savions qu'avec la fermeture des restaurants suivraient probablement d'autres mesures plus strictes. J'espérais que nous arriverions à continuer à nous voir...
Hier soir, au dépouillement électoral, dans une atmosphère très bizarre, gel et distance, un spécialiste du ministère de la Santé nous annonçait le confinement à venir.

J'ai mis 24h à l'accepter, et à me dire que j'allais faire ce qu'il fallait, c'est à dire ne pas faire ce qu'il ne fallait pas. Je ne sais donc pas quand nous nous reverrons...Et ce n'est pas bien grave au vu de ce qui est en train d'arriver. 

Ces 24h, j'ai fait des courses, et vu l'affolement dans les yeux et les gestes autour de moi. La panique monte. Je suis rentrée bien vite me mettre à l'abri de cette contagion-là. Car je ne veut pas voir mes semblables comme des concurrents ou des ennemis!